Questions à Julie GALLASSE
- Admin LCF

- 11 avr.
- 3 min de lecture

1. Qu’est-ce qui vous a amenée dans la région d’Izmir, et comment cet environnement nourrit-
il votre travail artistique aujourd’hui ?
J’ai découvert la Turquie il y a une quinzaine d’années, un peu par hasard. J’y ai rencontré mon compagnon et nous nous sommes installés à Izmir. Ce n’est donc pas mon métier, le théâtre, qui m’a amené ici et tout a été à construire. Je n’avais aucun réseaux dans le milieu du théâtre en arrivant mais j’ai très vite pris la décision de monter un premier spectacle solo (en turc). J’ai proposé le spectacle dans des salles de café, des lieux militants ou des associations mais aussi à des festivals. Les gens étaient très ouverts à ce genre de proposition et j’ai senti qu’il y avait de l’espace pour créer, là où d’autres endroits sont saturés. Aujourd’hui, nous avons notre propre lieu artistique à Seferihisar: Anart, maison solidaire des arts et spectacles.
2. Vous créez et jouez en lien avec la culture francophone : que représente pour vous la francophonie dans votre parcours artistique, ici en Turquie ?
Tout en créant en turc depuis le début, j’ai toujours garder des liens avec la langue française, soit en proposant des ateliers en français à quelques occasions, soit en allant jouer ou animer des stages en France. Le lien avec ma langue maternelle est important parce que c’est là que je peux m’exprimer pleinement et j’ai besoin d’y revenir. Pratiquer le français en Turquie est aussi un plaisir de partage. J’ai choisi de jouer mon dernier spectacle en français (surtitré en turc) pour rester au plus près du personnage et je suis surprise de la réception : beaucoup de gens prennent plaisir à entendre le texte dans sa langue originale, un peu comme la VO au cinéma.
3. Votre travail semble porter une dimension engagée. Selon vous, quelle place le théâtre peut-il encore occuper aujourd’hui pour faire réfléchir et ouvrir le dialogue ?
Le théâtre est un art du commun, qui se partage et qui donc ouvre forcément un dialogue quelque part. En ce sens, il est essentiel. Les artistes de théâtre sont là pour proposer un regard sur le monde qui nous sort de notre confort et nous pousse à regarder les choses autrement. Comme c’est un moment vécu en commun, il ouvre des portes pour réflechir ensemble, dialoguer. C’est, pour moi, un moyen de faire société.
Le théâtre se doit d’occuper une place encore plus importante aujourd’hui où beaucoup de choses nous confinent à l’individualisme.

4. Vous animez également des ateliers dans la région : qu’aimez-vous transmettre à travers ces moments de partage, et que vous apportent-ils en retour ?
J’anime surtout des ateliers théâtre à Anart et, ponctuellement, dans d’autres lieux culturels. Ce sont des moments passionnants, dans lesquels il m’importe beaucoup de montrer tout d’abord que le théâtre est un champ artistique très vaste (je travaille surtout autour du théâtre gestuel et de la marionnette) et que cette étendue des possibles est accessible à tous, sans perdre de son exigence. Tout le monde peut faire du théâtre. Il ne s’agit pas de talent mais de curiosité, d’ouverture et de travail. Chaque atelier renforce mon désir de transmission, c’est toujours un moment de plaisir partagé. De plus, découvrir le potentiel et la créativité des participants est à chaque fois une surprise réjouissante.
5. Quels sont vos projets à venir dans la région d’Izmir, et comment la communauté francophone peut-elle découvrir votre travail ?
En ce moment, nous nous consacrons surtout à Anart. Nous montons différents projets artistiques, beaucoup avec les enfants et les jeunes du quartier, tout cela bénévolement. Nous aimerions péréniser ces activités et pouvoir les rémunérer sans changer notre projet et notre vision : un lieu solidaire, ouvert à toutes et à tous, proposant des activités gratuites ou abordables. Nous allons donc chercher des partenaires financiers ; c’est le gros travail de ces prochain mois ! Bien sûr, je vais aussi continıer à jouer mon dernier spectacle, La Fugue. On peut suivre mon travail sur les réseaux sociaux ou sur mon blog.
6.Question de chute. Si vous deviez décrire la région d’Izmir avec le regard d’une artiste, en trois mots, quels seraient-ils ?
Lumière vive, ouverture, nonchalance !
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